Par Noé Leduc, étudiant en maitrise d’histoire à l’Ecole Normale Supérieure Paris-Saclay

Source : Université du Minnesota – upress.umn.edu

Au sein du champ dynamique des études queer, l’histoire des personnes transgenres en est encore à ses débuts, parfois découragée par l’émergence récente du terme qui invite à considérer l’anachronisme avec prudence. Au travers de son ouvrage intitulé Histories of the Transgender Child, Julian Gill-Peterson, professeure d’histoire à l’université John Hopkins, propose ainsi de constituer un travail d’avant-garde sur un sujet absent ou presque de l’historiographie : l’enfant transgenre, soit en dessous de l’âge de la majorité légale. Ce choix repose sur la volonté de dénoncer le présupposé selon lequel nous assisterions aujourd’hui à la première vague d’enfants transgenres, du fait des évolutions contemporaines des mentalités et de l’espace conceptuel commun sur la question. Prenant pour cadre d’analyse les États-Unis, Gill-Peterson nous invite dès lors à retracer l’existence de ces enfants jusqu’au début du XXe siècle, en se penchant sur des archives médicales inédites issues de quelques cliniques américaines d’avant-garde (en particulier l’hôpital John Hopkins) dans lesquelles a progressivement émergé la problématique de la transsexualité. Cela lui permet notamment de raconter la double histoire des enfants transgenres et de leur médicalisation au cours de l’évolution du savoir et des techniques médicales, montrant de ce fait comment l’enfant transgenre a joué un rôle clé dans la conceptualisation médicale du sexe et du genre au XXe siècle. Ce fil narratif complexe s’accompagne d’une critique du concept médical de transsexualité, que les enfants transgenres n’ont pas attendu pour prendre conscience d’eux-mêmes et théoriser leur situation. Au contraire, l’approche médicale du XXe siècle s’avère réductrice sur différents aspects :  division binaire sévère homme/femme du sexe et du genre, mais aussi construction d’un enfant transgenre passif dont les désirs et l’expérience sont invisibilisés. Cette invisibilisation est en particulier décuplée dans le cas des enfants noir.e.s ou de couleur, créant de ce fait une hiérarchie raciale implicite et ouvrant la porte à des espaces de violence.