Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Sénégal

Sénégal-Israël : une relation complexe

Par Bocar Niang, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Mosquée de la Divinité, Dakar. Crédit : Pascal Scallon-Chouinard.

Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) adoptait la résolution 2334 condamnant la politique de colonisation de terres palestiniennes par Israël. Rendu possible par l’abstention de l’allié américain qui n’a pas usé de son droit de véto, le vote de cette résolution a provoqué la colère du gouvernement Netanyahou mais également celle d’une partie de la société israélienne[1].  Cet évènement a mis en lumière un autre échec diplomatique de l’État hébreu. Alors qu’au mois de juillet 2016 le premier ministre Benjamin Netanyahou entreprenait un voyage dans quatre pays africains et clamait qu’Israël était de retour sur le continent noir, le rôle joué par le Sénégal dans le vote de la résolution 2334, puisqu’il en était un des quatre parrains, démontrait les limites de cette embellie diplomatique avec l’Afrique subsaharienne[2]. La position du Sénégal dans cette affaire a particulièrement irrité le gouvernement israélien comme l’illustrent les sanctions diplomatiques et économiques prises contre Dakar au lendemain du vote[3].

Comment expliquer cet engagement du Sénégal sur un sujet diplomatique aussi sensible? La réponse à cette question comporte certainement plusieurs ressorts qui tiennent à la fois à la géopolitique, à l’histoire et à l’héritage religieux du pays. Terre de transition et de synthèse culturelles entre le Maghreb et l’Afrique bantoue, la bande sahélienne dans laquelle s’insère le Sénégal affiche depuis longtemps, une proximité affective, spirituelle et politique avec le monde arabe[4]. Ce paramètre fait du Sénégal un terreau fertile à l’expression de positions pro-palestiniennes. Socialement dominé par des confréries religieuses soufies dont certaines tirent leur origine du Maghreb et du Machrek[5], puis doté d’une élite arabophone très active et formée dans les meilleures universités du Moyen-Orient, le Sénégal a tout naturellement fait de sa coopération avec le monde arabo-musulman un axe prioritaire de sa diplomatie[6].

Du « Mai 68 » dakarois au « Printemps érable » québécois. Quand l’engagement étudiant marque l’histoire

Par Pascal Scallon-Chouinard, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke et chargé de cours universitaire

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Dans plusieurs pays du monde, les étudiants, surtout universitaires, occupent l’avant-scène de la vie politique, économique et sociale, soit par leurs écrits ou leurs manifestations parfois violentes. Si l’on s’interroge sur les mobiles de ces mouvements d’étudiants aussi bien dans un sens que dans un autre, il se dégage une caractéristique essentielle et universelle : c’est que les étudiants d’où qu’ils soient, commencent, dès leurs études à se sentir concernés par la vie politique, économique et sociale de la communauté nationale à laquelle ils appartiennent. Les études ont cessé d’être un vase clos, un milieu fermé, les étudiants ont cessé de former une caste dont les membres n’éprouvent le besoin de se regrouper et de manifester que pour défendre leurs privilèges. Ils témoignent une volonté ferme d’être intégrés dans la société des travailleurs, dès avant la fin de leurs études[1]

Expression murale à Dakar. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Expression murale à Dakar. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Cette assertion, au regard des événements qui ont marqué le Québec depuis le printemps 2012, semble d’actualité. Il n’aurait pas été surprenant, en effet, qu’elle soit tirée d’un communiqué de porte-paroles étudiants ou encore d’une analyse historique sur l’identité estudiantine et les mouvements sociaux. Elle rend compte d’une certaine volonté d’engagement, ou du moins d’un désir affirmé de participer à une réflexion collective et à la transformation de la société. Pourtant, ces propos ne sont ni d’ici ni de notre époque. Ils ont plutôt été prononcés par le président de l’Union nationale des étudiants du Burundi (U.N.E.B.A.) à l’occasion du troisième congrès de l’association tenu au mois d’août 1962. Le Burundi, ancienne colonie africaine de la Belgique, venait alors tout juste d’obtenir son indépendance, cause pour laquelle les membres de l’U.N.E.B.A. avaient milité avec ferveur depuis la création de l’association en 1959[2].

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