De Courcelette à Kandahar : les Québécois au combat

Carl Pépin, Ph.D., historien

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Sergent Jean-Cléophas Pépin, 1928 (12e compagnie du 4e Régiment Étranger d’Infanterie, Légion étrangère, Armée française). La photo fut prise quelque part au Maroc ou en Algérie lors de la guerre du Rif qui opposa les forces françaises sous les commandements des maréchaux Pétain et Lyautey aux rebelles rifains d’Abdel-Krim. Jean-Cléophas Pépin fut témoin de la reddition d’Abdel-Krim en 1926.

Est-ce que l’histoire militaire intéresse les Québécois? Assurément. Cependant, est-ce que les Québécois connaissent les grands épisodes de leur histoire militaire? On peut en douter. L’histoire militaire est un pan de la discipline largement boudé au Québec, et ce, à tous les niveaux d’enseignement, du primaire jusqu’à l’université.

Ce qui m’a amené à m’intéresser au sujet relève d’un contexte en soi banal. Je suis membre de la famille des Pépin de Saint-Martin-de-Beauce (moi étant de Saint-Georges), une famille qui a fourni un certain nombre de combattants lors des deux guerres mondiales.

Par exemple, mon grand-oncle Jean-Cléophas Pépin a servi dans trois armées nationales distinctes. Il a d’abord combattu dans les rangs de l’armée américaine en 1918, puis dans ceux de l’armée française en Afrique du Nord dans les années 1920 (alors qu’il servait à la Légion étrangère). Enfin, il a porté l’uniforme canadien dans les années 1940, avec le grade de sergent-major, afin d’entraîner les militaires québécois qui eurent à faire la guerre en Europe.

Pour sa part, mon grand-père Raoul Pépin a fait toute la campagne de l’Europe en 1944-1945, du débarquement en Normandie jusqu’à la fin de la guerre en Allemagne. Au final, un membre de la famille n’est pas revenu. C’était René-Jules Pépin, un cousin par alliance de la famille immédiate, mort en France en août 1944 alors qu’il combattait dans les rangs du Régiment de la Chaudière.

Soldat Raoul Pépin, dans une pose un peu loufoque (1ère compagnie du Corps forestier canadien, Angleterre, années 1940).

J’ai donc grandi dans cet univers où ma grand-mère me racontait les exploits de la famille Pépin, et le goût m’est venu assez jeune de lire davantage sur le sujet, ne serait-ce que pour mieux comprendre les faits et gestes de ces hommes bien ordinaires.

L’objet de l’histoire militaire

C’est en lisant sur le sujet que je me suis aperçu, dans un premier temps, que l’histoire militaire, tant dans sa définition que par ses objets de recherche, était relativement peu connue du grand public, et même des historiens! Pour faire court, l’histoire militaire se veut une étude des conflits passés et présents, mais c’est aussi une discipline qui couvre un plus large éventail.

En effet, les chercheurs dans le domaine vont également étudier les sociétés en temps de guerre. Cela peut vouloir dire que l’on se penche, par exemple, sur le rôle des femmes, que l’on va étudier les économies de guerre, les arts, bref, tout un éventail d’aspects de la vie sociétale.

Cette large définition et application des divers champs de recherche de l’histoire militaire concerne aussi le Québec. Actuellement, nous avons un retard relatif dans l’avancement de nos recherches. Nous connaissons généralement bien les batailles, mais d’autres champs reliés à l’économie et au social demeurent largement inexplorés.

Cela est notamment vrai pour la société québécoise lors des deux guerres mondiales, surtout dans une optique d’histoire régionale. On connaît assez bien l’histoire qu’ont vécu les soldats ayant servi au front, mais on en sait relativement peu sur la vie quotidienne.

Que savons-nous de notre passé militaire?

Ce dernier commentaire m’amène à cette question: que savons-nous de notre passé militaire? Si, par exemple, l’on se promenait dans la rue et que l’on sondait les gens, qui pourrait nommer une bataille dans laquelle ont combattu les Québécois? Se rappellerait-on que nos ancêtres ont vécu l’enfer dans les ruines de Courcelette, en France, en 1916?

Ou encore, qui a déjà entendu parler de la bataille de Chérisy de 1918, en France? Sait-on qu’il s’agit probablement d’une des pires, sinon de la pire défaite de l’histoire du Québec? Qu’un bataillon de 700 Québécois s’est fait anéantir en l’espace de 36 heures?

Est-ce que l’on se rappelle qu’en 1942, sur le sol rocailleux de Dieppe, en Normandie, le régiment des Fusiliers Mont-Royal s’est lui aussi fait tailler en pièces sous les tirs des mitrailleuses et des mortiers ennemis?

Voici notre première opinion de la situation de la soi-disant ignorance de notre passé militaire, d’après notre expérience comme historien et chercheur. Si on compare avec ce qui s’écrit et ce qui s’enseigne sur l’histoire militaire dans le Canada anglais, le Québec francophone fait carrément figure de parent pauvre. On ne sait à peu près rien de notre passé militaire.

Si on ne sait rien de notre passé, en particulier de notre passé militaire – qui est censé nous fournir des repères -, comment peut-on prétendre à la compréhension des événements actuels, alors que nos militaires combattent en Afghanistan ? Le conflit actuel en Afghanistan, qui est amplement couvert par les médias, ne fait que nous rappeler que l’engagement de nos militaires québécois suscite bien des interrogations, tant sur ce que font réellement nos soldats, que sur le sens de cette mission.

Dans un même ordre d’idées, des éléments  font en sorte que nous ne savons pas grand-chose de notre passé militaire. Certains seraient portés à croire que  « l’ignorance » de notre passé militaire a débuté dans les années 1960-1970, alors que le Québec était dans sa Révolution tranquille et que le mouvement souverainiste avait parallèlement amené une réécriture de notre histoire. Si l’on part de ce principe, cela signifierait que l’histoire militaire aurait été progressivement écartée de l’enseignement de l’histoire générale.

Sur ce point, les études ont démontré, en effet, que l’histoire militaire des Canadiens français/Québécois était davantage enseignée avant les années 1960. Les deux crises de la conscription (1917 et 1942) auraient renforcé le postulat voulant que la philosophie de notre histoire québécoise découle d’une logique (post)coloniale, soit d’une histoire sous le rapport « dominant/dominé ». Sauf que l’on oublie bien souvent que la crise de la conscription est un phénomène qui a touché l’ensemble du Canada pendant les guerres mondiales. Autrement dit, il n’y a pas qu’au Québec où des hommes ont refusé d’être conscrits.

Une autre raison qui expliquerait que l’histoire militaire des Québécois soit à peu près écartée des manuels scolaires serait que le volet militaire découle de la juridiction fédérale. Autrement dit, tout ce qui concerne cette histoire ne relèverait pas du  ministère québécois de l’Éducation. Est-ce une vulgaire impression frôlant le stéréotype, voire le ridicule? En fait, si l’on présume que l’on vit au Québec, et qu’on enseigne néanmoins l’histoire du Canada dans nos écoles, alors pourquoi faudrait-il écarter l’étude de nos batailles? Le raisonnement ne tient pas.

Moi-même, alors que j’étais sur les bancs de l’école secondaire au début des années 1990, j’en entendais très peu parler. La trame se répétait des années plus tard, dans la mesure où mon travail de professeur d’histoire militaire à l’université m’a fait réaliser que mes étudiants, futurs professeurs d’histoire, étaient à peu près ignorants de l’histoire militaire québécoise. Le plus rassurant dans tout cela, c’est qu’ils en étaient au moins conscients et ont demandé pourquoi l’histoire militaire n’était pas enseignée dans les écoles secondaires, les collèges et les universités du Québec.

D’autres facteurs peuvent également expliquer notre carence de connaissances sur le sujet, ou encore la relative absence d’intérêt. Il est vrai que par rapport au Canada anglais, ou même par rapport à des pays comme la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis, nous n’avons pas un réseau de traditions militaires aussi bien développé. Encore là, il ne faut pas se cacher derrière cet argument pour justifier l’inaction afin de rattraper le temps perdu sur le plan de nos connaissances.

Même sur le plan de l’armée, pour l’avoir vécu, j’ai constaté qu’un trop grand nombre de soldats ignoraient l’histoire de leur propre régiment. Comment voulez-vous forger un esprit de corps au sein d’une troupe si les membres sont ignorants de l’histoire de leur unité? De cette histoire découlent aussi des traditions qui finissent par renforcer le sentiment d’appartenance à ladite unité. Par le fait même, comment peut-on instruire la population sur son propre passé militaire, si ses soldats l’ignorent eux-mêmes?

Ce qu’ont vécu les soldats

Pour mieux saisir l’ampleur de la problématique, il faut l’illustrer par des exemples. Si on s’en tient aux conflits récents, essentiellement ceux du XXe siècle, nos ancêtres ont vécu des expériences que l’on peut qualifier d’« inoubliables ».

Lorsque le Canada entre en guerre contre l’Allemagne en 1914, le pays n’avait pour ainsi dire aucune armée digne de ce nom. Ce que l’on appelait l’« armée » à l’époque était en fait une sorte de milice active permanente composée d’à peine 3 000 hommes, dont la plupart savaient utiliser un fusil, mais l’équipement et l’entraînement étaient plus que déficients. Bref, quand la guerre éclate, ils sont des milliers de Canadiens anglais et de Canadiens français à se présenter aux casernes.

Pourquoi ces hommes s’enrôlaient-ils? Plusieurs raisons les ont poussées à s’embarquer dans cette aventure pour laquelle ils ne pouvaient à tout coup prévoir les conséquences. Certains Québécois se sont enrôlés par esprit de patriotisme, mais il s’agissait d’une minorité. Peu de Québécois se sont enrôlés explicitement pour la défense du Canada, encore moins pour aller secourir la France, notre ancienne mère patrie.

En fait, le Québécois (alors Canadien français) moyen qui s’engage en 1914 le fait parce que c’est payant. Comme le Canada, le Québec traversait une époque plus que morose sur le plan économique. Il n’y avait pas de boulot toute l’année, et dans les régions, vu qu’il fait froid la moitié de l’année, les temps étaient durs sur la terre, les chantiers de bois étaient souvent saturés, car notre économie était dépendante de celle du voisin américain, etc. Pour donner une idée, en 1914, l’armée canadienne accordait 1 $ par jour à tout homme qui s’enrôlait. Si l’on convertit en dollars d’aujourd’hui, cela ferait autour de 50 $ par jour, en plus d’être logé, nourri et vêtu.

De plus, le conflit européen qui avait commencé en août 1914 allait se terminer aux Fêtes. Donc, l’armée fournira un boulot temporaire et on rentre à la maison à l’hiver, avec un peu plus d’argent. La réalité était toute autre, et cette guerre a duré plus de quatre ans, quatre ans d’enfer dans les tranchées de France et de Belgique.

Dans ce contexte, alors que l’anglais était la langue officielle de l’armée, beaucoup de politiciens du Québec ont fait pression pour que soit mis sur pied un bataillon de langue française. Ainsi naissait en octobre 1914 le célèbre 22e bataillon (canadien-français), mieux connu aujourd’hui sous le nom de Royal 22e Régiment. Ce bataillon est arrivé au front à l’automne de 1915 et a fini la guerre en Allemagne au début de 1919.

Il ne faut pas s’étonner de ne pas savoir grand-chose de ce que ces hommes-là ont fait entre 1914 et 1919. En fait, et cela s’applique pour tous les conflits à vrai dire, comment expliquer aux familles toutes les horreurs vues et vécues là-bas? Comment décrire la sensation de charger l’ennemi baïonnette au canon, d’entrer dans un village, de frapper l’adversaire avec tout ce qui nous tombe sous la main, de voir son meilleur ami tomber?

Dans une guerre comme celle de 1914-1918, les soldats québécois, en plus d’avoir à affronter les Allemands, devaient subir tout un lot de misères quotidiennes. La pire d’entre elles était la boue. À peine entrée dans la tranchée, lorsqu’il pleut, l’eau monte rapidement. Il faut rester là. Ce sont les ordres. Les soldats attrapaient des rhumatismes, vivaient avec les rats et la vermine, devaient endurer d’autres petites misères comme le casque qui chauffe et qui irrite le cuir chevelu, les cartouchières qui donnent mal au rein, la boue qui entre dans les bottes et ainsi de suite.

Comment, une fois revenu au pays – pour ceux qui reviennent -, expliquer cela aux familles? Ce qu’on entend souvent des témoignages des vétérans réside en des faits qui ont trait à des moments plus heureux. Oui, il y a eu de beaux moments à la guerre. Pour bon nombre de soldats, leur véritable famille a été les quelques « chums » de leur section avec qui ils ont fait la guerre, avec qui ils ont enduré les combats, avec qui ils se sont saoulés dans une taverne derrière le front. C’étaient de véritables frères d’armes.

Imaginez être à Courcelette, dans le nord de la France, en 1916. Dans le village se trouvent les Allemands. En face, les soldats canadiens-français du 22e bataillon. Ceux-ci sont environ 800, à attendre le signal de l’assaut. Puis vient le moment fatidique, la fameuse minute pendant laquelle leurs canons arrêtent de tirer sur l’ennemi pour leur permettre d’avancer. C’est un moment qui dure une éternité, où le cerveau fonctionne au ralenti, et le bruit strident des sifflets des officiers se fait entendre. C’est le signal de la charge.

Pendant les trois jours et trois nuits qu’a duré la bataille de Courcelette, les Canadiens français dirigés par le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay ont été coupés du reste du monde. Au sortir de la bataille, 118 soldats tenaient debout, sur les quelques 800 qui avaient initialement chargé. Ce fut un massacre.

Les hommes qui sont sortis de Courcelette ne pouvaient assurément plus percevoir la vie comme avant. Pendant bien longtemps, jusqu’en 1939 au moins, Courcelette était pour les Québécois la bataille des batailles, et non pas celle de Vimy, comme on nous parle souvent de nos jours, en particulier dans la publicité du gouvernement canadien.

Bref, l’exemple de la bataille de Courcelette donne une idée de ce qui attend ceux et celles qui explorent l’histoire militaire. Il ne faut certes pas oublier que d’autres conflits sont venus également forger la vie et le caractère de ceux qui y ont participé. Comme mentionné précédemment, des Québécois ont débarqué en 1942 sur la plage de Dieppe, alors occupée par les Allemands. Le régiment des Fusiliers Mont-Royal, qui comprenait alors quelque 550 hommes, s’est fait massacrer.

Dieppe était une tentative des soldats canadiens de libérer une parcelle du sol de la France. On a remis cela deux ans plus tard. Mieux préparés, mieux équipés et entraînés, les Canadiens sont revenus en Normandie, ayant appris bon nombre de leçons du désastre de Dieppe.

Dans ce contexte, on peut imaginer la réaction des Français à l’arrivée des soldats du Régiment de la Chaudière, alors seule unité canadienne-française ayant attaqué la plage le premier jour du débarquement. Ces hommes ont livré des combats sauvages contre les Allemands, notamment face aux soldats des Jeunesses hitlériennes. Les combats dans les villages et les forêts de Normandie ont ainsi été sans pitié, surtout face à un adversaire qui n’avait pas tendance à faire de prisonniers.

Les Québécois ont été sur nombre de champs de bataille pendant la guerre de 1939-1945. Il y avait certes le Régiment de la Chaudière en Europe du Nord en 1944-1945, mais d’autres unités ont aussi combattu. On pense notamment au Régiment de Maisonneuve et des Fusiliers Mont-Royal, dont ce dernier, après le désastre de Dieppe, fut reconstitué et revint pour la bataille de Normandie. Et bien sûr, le Royal 22e Régiment, qui pour sa part a fait principalement compagne en Italie entre 1943 et 1945. Cette dernière campagne est d’ailleurs largement oubliée de nos jours.

Tout comme on oublie également la guerre de Corée, une guerre elle aussi sans merci, qui a duré de 1950 à 1953, à une époque où le monde « libre » tentait d’endiguer la progression du communisme à travers la planète. Les soldats canadiens y étaient, dans ces montagnes asiatiques, dans un conflit que semblait même oublier la société québécoise de l’époque.

Et que dire des diverses missions accomplies par nos militaires sous les mandats des Nations-Unies ou de l’OTAN en Afghanistan présentement? Bien qu’il y ait sans doute eu moins de morts à la minute et au mètre carré qu’en 1914-1918 ou en 1939-1945, perdre un soldat demeure une tragédie. Les souffrances sont les mêmes, souffrances qui sont souvent accentuées par l’impression d’un sentiment d’abandon d’une société préoccupée par ses réalités quotidiennes.

Janvier 2008. L’historien Carl Pépin (à droite) en compagnie de soldats afghans dans un tour d’observation sur la Base d’opérations avancée Wilson (35 km au nord-ouest de Kandahar City).

Le devoir de mémoire

C’est pour cela qu’il ne faut jamais oublier nos soldats. Il ne faut pas oublier leurs gestes, leurs souffrances et, par-dessus tout, les leçons qu’il faille tirer des conflits, dans l’espoir peut-être naïf que plus jamais cela ne se reproduira. Il faut toujours se rappeler que les Québécois qui ont combattu dans les guerres du monde étaient certes des soldats, mais c’étaient avant tout des hommes. C’étaient des hommes avec leurs qualités et leurs défauts.

Ceux qui, par exemple, ont combattu en 1939-1945 ont au moins 85 ans, sinon plus au moment d’écrire ces lignes. Beaucoup parmi eux nous ont raconté que leur pire souvenir, ce n’était pas nécessairement les Allemands et le fait d’en avoir tué, mais juste de penser que ces Québécois qui ont aujourd’hui 80 ou 85 ans, ont eu 20 ans à une certaine époque. Leurs amis aussi avaient 20 ans, mais ces derniers auront toujours 20 ans dans l’esprit de ceux qui s’en sont sortis physiquement indemnes.

Certains vont davantage parler de ces beaux moments de camaraderie, où la communauté des frères d’armes était plus solide que le feu ennemi. C’est en ce sens que nous avons un véritable devoir de mémoire envers ces hommes et ce qu’ils ont fait. Par exemple, le fait de participer chaque année aux commémorations, le 11 novembre, est un message que l’on envoie à ces hommes et à ces femmes que leurs sacrifices et leurs histoires ne seront pas oubliés.

Les années passent et les vétérans vont disparaître. Plusieurs d’entre eux ont des histoires à raconter et il faut simplement prendre le temps de les écouter. En fait, l’expression « devoir de mémoire » est peut-être inadéquate, car cela ne devrait pas être un devoir au sens d’une obligation. Il faut tout simplement les écouter.

L’une des belles initiatives que l’on peut poser, surtout si l’on se situe dans un milieu scolaire, est d’inviter les vétérans à parler de leur expérience à un jeune public. Une anecdote intéressante à cet égard s’est produite il y a quelques années, dans une école secondaire en Ontario. Le professeur voulait présenter à ses élèves une vidéo relatant les exploits d’un soldat canadien nommé « Smokey » Smith. Ce dernier avait gagné la plus haute décoration militaire pour bravoure, la Croix de Victoria, sur le front italien dans les années 1940. Ce soldat avait tué à lui seul des dizaines d’Allemands, détruit quelques chars d’assaut, en plus de sauver la vie d’un camarade.

Le jour même du visionnement, le professeur avait invité Smith en personne pour voir le vidéo de ses exploits avec les élèves. Malheureusement, un contretemps est survenu, si bien que Smith s’est présenté dans la classe une fois la vidéo terminée. Un peu confus et gêné, le professeur s’est excusé à M. Smith, en lui disant que le temps filait et qu’il fallait passer la vidéo. Et sur un air un peu désinvolte, Smith a répondu : « Ah pas de problème Monsieur, je comprends… Est-ce que le show était bon? »

Cet état d’esprit à la fois humble et désinvolte est symbolique, parce qu’il témoigne en même temps qu’en dépit des souffrances et des séquelles physiques et psychologiques, il se trouve des vétérans capables de dédramatiser en quelque sorte ce qu’ils ont vécu. Le recul du temps aidant à cet égard.

C’est cela que les historiens qui étudient l’histoire militaire doivent comprendre, à savoir que la guerre est certes terrible, mais c’est également une époque, un contexte dans lequel des gens ont vécu.

Donc, lorsque l’on prend la peine de lire sur le sujet, de visionner un film ou un documentaire, ou d’écouter un professeur ou un conférencier en parler, on s’intéresse non seulement au conflit, mais aussi à tout l’aspect contextuel qui l’entoure. Les soldats qui ont fait la guerre étaient des gens ordinaires. C’étaient des hommes qui ont dit des choses, qui ont fait des choses, qui avaient des opinions et des sentiments. La notion de « devoir de mémoire », s’il faut absolument l’employer, c’est tout cela finalement.

Conclusion

En somme, rappelons à quel point l’étude de l’histoire militaire peut être  fascinante, voire contagieuse, lorsqu’on on prend la peine d’en explorer les diverses facettes, que ce soit du point de vue des soldats ou du point de vue des sociétés en guerre (qu’on pourrait aborder éventuellement).

C’est en ce sens que le simple intérêt à  porter à ce que nos ancêtres ont vécu sur les champs de bataille, et ce que nos militaires vivent actuellement en théâtre d’opérations constitue un bon point de départ à toute exploration.

En plus d’une littérature abondante, les espaces urbains portent aussi les traces de ce passé militaire. Il suffit de regarder les monuments et autres lieux de mémoire pertinents. Les monuments et cimetières sont des livres d’histoire à ciel ouvert. Ce ne sont pas que des noms gravés dans la pierre. Ce sont aussi des histoires qui s’inscrivent dans des contextes particuliers. Il n’y a rien de plus difficile que de se promener devant un monument ou une pierre tombale, et d’y lire le nom d’un frère d’armes tombé à ses côtés.

Ces Québécois se sont enrôlés pour toutes sortes de raisons. Ils ont fini par se battre pour leur pays, pour les valeurs en lesquelles ils croyaient, y laissant au fond une partie d’eux-mêmes. Dans le feu de l’action, écrasés au sol sous le feu des balles et des obus, alors que gémissent les blessés et que la situation semble désespérée, ces hommes-là se sont battus pour leurs frères d’armes.

À propos de l’auteur

Né en 1977 à Saint-Georges-de-Beauce, Carl Pépin est docteur en histoire de l’Université Laval. Il a complété en 2008 une thèse de doctorat intitulée Les relations franco-québécoises pendant la Grande Guerre, sous la direction du professeur Talbot Charles Imlay. Il a enseigné l’histoire militaire, politique et économique aux universités Laval et du Québec à Montréal, de même qu’au Collège Royal militaire de Saint-Jean. Ses recherches portent sur l’histoire politico-militaire aux 19e et 20e siècles. Il s’intéresse à une variété de thématiques ayant trait aux conflits mondiaux (stratégies, tactiques, histoire socio-culturelle, mémoire, etc.) Il est l’auteur d’une vingtaine d’articles portant sur l’histoire militaire. Il a par ailleurs été chercheur pour diverses organisations, dont le Musée du Régiment de la Chaudière, du Royal 22e Régiment et du Ministère canadien des Anciens combattants à Vimy (France). À l’été 2006, il a participé comme figurant du 22e bataillon (canadien-français) pour le film-documentaire du réalisateur Brian McKenna intitulé La Grande Guerre paru sur les ondes de Radio-Canada en 2007. Carl Pépin est membre de la Société des professeurs d’histoire du Québec et est l’historien officiel du Royal 22e Régiment. C’est à ce titre qu’il fut envoyé en Afghanistan dans le but de documenter la participation des soldats québécois pendant cette campagne.

Blogue: http://carlpepin.wordpress.com/

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2 réponses à De Courcelette à Kandahar : les Québécois au combat

  1. Claude Jean dit :

    L’impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québécoise.
    par Luc Lépine, historien Ph.D.

    Introduction
    Nous sommes en juin 1978, la scène se passe au camp militaire de Borden, 90 kilomètres au nord de Toronto. On fait l’appel des jeunes aspirants-officiers des Forces Canadiennes. Leurs noms résonnent dans ce petit matin blafard: Bellerose, Champagne, Charpentier, Deslauriers, Lafrance, Lépine, Potvin, Sansregret, Tranchemontagne et Vadeboncoeur. Ce sont tous de futurs officiers francophones qui portent fièrement des noms de guerre légués par leurs ancêtres. Ces derniers sont arrivés au pays dans le Régiment de Carignan, les Compagnies franches de la Marine ou dans les régiments réguliers qui sont venus en Nouvelle-France. Mon ancêtre direct, Jean Chabaudier dit Lépine, avait quitté son village de Saint-Junien dans le Limousin pour venir ici comme soldat dans la compagnie de Monsieur Arnoult de Loubias, un officier du Régiment de Carignan.

    Quelques années plus tard, de 1989 à 1998, j’ai eu le privilège de travailler comme archiviste de référence aux Archives Nationales du Québec à Montréal. Une des questions qui revenait le plus souvent concernait l’origine des surnoms québécois. De longues recherches en histoire militaire m’ont suggéré une piste de réponse. Je vous livre ici le fruit de mes réflexions. Dans cet article, je traiterai de l’origine de ces surnoms militaires et de l’impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québécoise.
    Que nous dit la littérature?
    Dans son Traité de généalogie, René Jetté (1)souligne que le surnom est omniprésent dans l’histoire généalogique des Québécois d’origine française. Il ne se transmet que dans la descendance du premier porteur. Jusqu’au début du XXe siècle, il risque de remplacer temporairement ou pour toujours le patronyme d’origine d’au moins un tiers des immigrants français. Jetté note que la raison d’être des nombreux surnoms québécois reste obscure. Lors d’une discussion informelle, René Jetté estimait le nombre de patronymes québécois français à 7,500 dont 5,000 se rencontraient avant l’arrivée des troupes françaises en 1754.

    De très nombreux chercheurs, dont Claude Perrault (2) et Marcel Trudel (3), ont noté la présence des surnoms et démontré leur variété sans en indiquer stricto sensu l’origine. Dans son Terrier du Saint-Laurent en 1674, Marcel Trudel rapporte que sur 2,435 noms de famille mentionnés, 28,7% ont un surnom. En 1663, il trouve que la proportion est de 29,52%. Cette diminution des surnoms semble contredire l’explication voulant que l’abondance des ’’dit’’ soit relié à l ‘arrivée des militaires en 1665. Nous reviendrons sur cette hypothèse.

    Les dictionnaires français de généalogie sont des plus laconiques en ce qui concerne les surnoms. Ils reconnaissent qu’occasionnellement on retrouve des patronymes dans la France profonde mais ne s’étendent pas sur le sujet.
    Le nom de guerre et le soldat francais
    Lorsqu’un soldat entre dans l’armée française, on lui attribue un surnom ou nom de guerre, par exemple Philibert Couillaud dit Roquebrune, soldat du régiment de Carignan (4). Ce surnom prend un caractère officiel. Il devient l’équivalent du numéro matricule. Les soldats sont reconnus par leurs noms, prénoms et noms de guerre. Dans le quotidien, le nom de guerre remplace le véritable patronyme surtout quand le soldat parle un dialecte ou le provençal. En l’absence de nom de guerre, on lui attribue le même que son nom. Ainsi en 1651, le soldat Antoine Beaufour dit Beaufour passe un marché pour la cuisson de galettes au fort de Saint-Louis de Québec (5).

    En 1716, les règlements militaires français exigent la présence d’un nom de guerre pour tous les simples soldats. L’attribution du surnom se fait de façons souple. Il peut s’agir du choix du soldat ou de celui du capitaine de la compagnie.(6) Lors de la Révolution américiane, la France envoya le régiment de Tourraine pour aider les rebelles américains. Une liste de ces soldats a été publiée.(7) Dans chaque compagnie, les surnoms commencent par la même lettre. Ainsi dans la compagnie Dugré, tous les soldats portent un surnom commençant par D, dans une autre compagnie ils commencent par B. Il est ainsi facile d’identifier à quelle compagnie appartient un soldat. De 1764 à 1768, la compagnie de Casaux du Régiment de Boulonnois-infantrie utilise des noms de légumes. Nous retrouvons ainsi les surnoms: Lartichaud, Lalétue, Lachicorée, Lecresson et Lecerfeuil.

    Le nom de guerre est une propriété individuelle. Le soldat ne le change pas facilement. Cela peut arriver quand le soldat est transféré de compagnie et que le surnom y est déjà en usage. En France, l’épouse du soldat va adopter son nom de guerre. Par contre, un fils de soldat porte toujours un surnom différent de celui de son père quand il sert dans l’armée. L’absence de surnom véritable est un signe de considération. Les officiers, les cadets, les volontaires et les gentilhommes n’en ont pas.

    André Corvisier soutient qu’un classement rigoureux des surnoms militaires est imposible.(8) Il établit cependant 7 catégories dont j’ai pu retrouver des exemples en Nouvelle France.

    1) Prénoms et patronymes: le prénom, souvent précédé de Saint, on n’a qu’à penser aux Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Louis et Saint-Marc.

    2)Les surnoms d’origine. En 1688, on assiste au mariage de Jean Deslandes dit Champigny, soldat provenant de Champigny, archevéché de Paris. (9) L’année suivante, c’est au tour du soldat Robert Houy de Saint-Laurent, natif de la paroisse de Saint-Laurent des Orgeries, diocèse d’Orléans. (10)

    3) Les surnoms rappelant le métier: Marien Taillandier dit Labeaume, soldat et chirurgien, passe un contrat de mariage en 1688.(11)

    4) Une modification du nom: Le soldat Jacques Rivière dit Larivière se marie en 1699.(12) Le soldat Jean-Jacques Treillet dit Latreille meurt à la Conquête de la Nouvelle-France.(13)

    5) Le passé militaire ou l’occupation du soldat: En 1699, le soldat Claude Panneton dit Lefifre passe une obligation devant notaire. (14) Le soldat Jacques Quena dit LaBatterie meurt en 1759 ainsi que trois soldats portant le surnom Lagrenade, tous grenadiers. Dans cette catégorie, on peut inscrire Merry Petit dit Latraversée. (15)

    6) Les noms de végétaux et d’animaux: Il n’y a qu’à penser à tous nos Lafleur, Latulipe, Larose, Loiseau ou Létourneau ou à Jean Coton dit Fleurdesprés. (16)

    7) Les noms faisant allusion à des caractéristiques personnelles: En voici quelques croustillants, Antoine Bonnet dit Prettaboire, (17), René Cruvinet dit Bas d’argent, (18), Jean Amarault dit Lafidélité, (19) Jacques Legendre dit Bienvivant, (20) Martial Paschal dit Brisefer, (21). Dans certains cas, le surnom améliore le patronyme original comme pour le soldat Jean de Lavacherie dit De Floriers. (22)

    André Corvisier a étudié les surnoms des soldats francais présents à l’hôpital des Invalides à Paris. J’en ai tiré quelques exemples.
    Tableau 1
    Noms de guerre rencontrés dans les registres d’immatriculation des Invalides (Paris) et le nombre de soldats portant ce surnom.

    B – Beaulieu 294, Bellefleur 444, Beauséjour 247, Bellerose 486, Beausoleil 474, Bourguignon 539, Belair 538, Brin d’amour 359, Belhumeur 570

    C – Champagne 583, Comtois 379, Chevalier 557

    D – Desjardins 213, Delisle 132, Desrochers 196, Dubois 253, Desrosiers 186, Duplessis, 227

    F – Flamand 92, Francoeur 659

    G – GrandMaison 141

    L – LaBonté 525, Lafortune 401, LaRose 1348, LaBrie 145, LaFrance 559, LaTour 345, LaChapelle 312, LaJeunesse 1183, LaVerdure 584, LaCroix 502, LaMarche 259, LaVigne 336, Lacombe 123, LaMontagne 491, LaViolette 1062, Ladouceur 642, LaMotte 224, Langevin 223, LaFlamme 122, Lapierre 610, Lespérance 761, Lafleur 1211, LaPlante 130, Lespine 251, Lafontaine 857, LaRivière 661, Lionnois 271, Laforest 484, LaRoche 486, Lorange 282

    M – Maisonneuve 34, Montplaisir 232, Montigny 58

    N – Narbonne 26, Nivernois 59, Noêl 20

    P – Parisien 296, Prètaboire 140, Provençal 267

    R – Richard 17, Robert 27, Rossignol 14

    S – Sans Chagrin 558, St-Jean 1555, Sans Façon 290, St-Laurent 395, Sans Regret 361, St-Louis 841, Sans Soucy 891, St-Martin 889, St-Amand 345, St-Michel 389, St-Amour 348, St-André 378, St-François 490

    T – Taillefer 2, Trompelamort 1, Tranchemontagne 187

    V – Vadeboncoeur 416, Vincent 32, Villeneuve 217 Les cinq surnonms les plus fréquents sont Saint-Jean, Larose, Lafleur, Lajeunesse et Laviolette. Ce sont tous des noms de famille que nous retrouvons au Québec.
    Faisons un peu d’histoire militaire québécoise…
    Au début des années 1660, les menaces iroquoises se font pressantes sur la petite population de la Nouvelle-France. Le Roi de France décide d’envoyer le Régiment Carignan-Salières pour mater les amérindiens. Le Régiment de 1,000 hommes arrive à Québec au printemps 1665. Il comprend 20 compagnies composées d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un enseigne, deux sergents, trois caporaux, cinq anspassades et 40 soldats. (23)

    Le Régiment de Carignan-Salières affronte sucessivement les iroquois et les hollandais de Schenectady, dans l’Etat de New York. En 1667, la paix est rétablie dans la région. On offre alors aux soldats de s’établir dans la colonie en leur octroyant des terres sur les berges du Saint-Laurent afin de devenir agriculteurs. Plus de 400 d’entre eux acceptent de rester. Ils forment une partie importante des ancêtres des Canadiens français.

    Louis XIV institue, en 1669, l’organisation officielle de la milice. Il n’y a plus de troupes régulières au pays mais une grande partie de la population a déjà servi sous les armes. L’esprit martial est encore présent. Tous les habitants du pays de 16 à 60 ans sont divisés en compagnies sous les ordres de capitaines, de lieutenants et d’enseignes. Les officiers du régiment de Carignan deviennent seigneurs. Les anciens soldats deviennent miliciens. Les nouveaux seigneurs continuent d’appeller les censitaires par leurs noms de guerre. Les soldats-censitaires transmettent leurs surnoms à leur épouses et à leurs enfants. Comme les fils ne servent pas dans l’armée régulière, ils n’ont pas à changé de surnom.

    En 1685, les miliciens canadiens, malgré leur efficacité, ne peuvent pas répondre à tous les besoins militaires de la colonie. Les autorités françaises décident donc d’envoyer ici en permanence 28 compagnies d’un détachement des Troupes de la Marine. On les nomme communément Compagnies franches de la Marine. Ces troupes avaient été créées en 1674 par le département de la Marine afin de défendre les navires et les colonies françaises. La solde de ces soldats provient de la Marine. Chaque compagnie est indépendante. La direction des différentes compagnies incombe au gouverneur-général de la Nouvelle-France. Chaque capitaine recrute 50 soldats français qui s’engagent pour une période de six ans. Après ce temps, les soldats peuvent retourner en France ou demeurer dans le pays.

    En tenant compte du rotation régulière des compagnies franches, on peut estimer à 300 le nombre de recrues qui arrivent chaque année dans la colonie. Les autorités vont faire tout ce qu’elles peuvent pour les retenir après 6 années de service. Comme il n’y avait pas de baraques pour les militaires avant 1750, les soldats étaient logés chez les habitants qui devaient pour une certaine somme s’occuper leurs invités. Les long hivers canadiens forcent les soldats à passer de longues heures près du feu à causer avec les jolies canadiennes. Aussi, n’est-il pas surprenant de voir le nombre élevé de mariages de soldats des Compagnies franches de la Marine avec des filles d’habitants canadiens. De 1685 à 1754, environ 21,000 militaires francais sont venus en Nouvelle-France. Si on évalue à 2500, le nombre de nouveaux patronymes dans la colonie, un soldat sur 8 aurait laissé un patronyme en Nouvelle-France.

    Durant la guerre de conquête, 1754-1759, les autorités francaises envoyent 14 régiments réguliers pour combattre les soldats anglais. Chaque régiment comprend 600 hommes. En comptant les 28 compagnies des troupes de la marine et les 14 régiments francais, on retrouve 10,080 soldats sur le territoire québécois. Selon René Jetté, 2,500 noms de famille québécois proviennent de cette période donc un soldat sur 4 nous aurait lêgué un patronyme.
    Que nous disent les actes notariés
    Grâce à la banque de données PARCHEMIN, nous avons étudié plus de 2,000 occurences de soldats francais dans les actes notariés. Voici deux petits tableaux qui résument la situation.
    Tableau 2 – Actes notariés impliquant des militaires
    Grade; nombre d’actes; dit(a); Pourcentage

    Soldat: 1609, 927, 57%
    Caporal: 125, 104, 83%
    Sergent: 614, 378, 61%

    a) Actes notariés dans lesquels le militaire porte un nom de guerre.
    Tableau 3 – Contrats de mariage impliquant des militaires
    Grade; nombre d’actes; dit(a); Pourcentage

    Soldat: 498, 248, 50%
    Caporal: 40, 26, 65%
    Sergent: 149, 55, 37%

    a) Actes notariés dans lesquels le militaire porte un nom de guerre.

    Nous voyons clairement, que plus de la moitié des militaires qui passent des actes notariés possèdent un nom de guerre. Il faut se rappeller que de nombreux soldats ont attendu d’être démobilisés pour se marier.
    Un exemple florissant…
    Parmi les patronymes les plus fréquents au Québec, on retrouve le nom de Lafleur. René Jetté a trouvé plus de 60 patronymes avec ce surnom. Dans le tableau qui suit, nous listons tous les soldats portant le surnom Lafleur et qui sont venus en Nouvelle-France. Nous indiquons le patronyme d’origine, la date de la première présence au pays et la compagnie à laquelle l’individu appartenait.
    Tableau 4 – Présence en Nouvelle-France de 68 soldats portant le nom de guerre Lafleur
    Berniac dit Lafleur, François: 1755, régiment de La Reine
    Biroleau dit Lafleur, Pierre: 1700, Compagnie de Duluth, Compagnie Franche de la Marine, (CFM)
    Bonfretil dit Lafleur, Guillaume: 1687, compagnie de Contrecoeur, Régiment de Carignan-Salières
    Bonin dit Lafleur, René: 1699, compagnie de Maricourt, (CFM)
    Brault dit Lafleur, Pierre: 1697, compagnie de Jordy, (CFM)
    Brousson dit Lafleur, François: 1693, compagnie de Crisafy, (CFM)
    Coste dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie Ducros, régiment Royal Roussillon
    Couc dit Lafleur, Pierre: 1657, soldat et interprète
    Coussy dit Lafleur, Pierre: 1699, Compagnie de Leverrier, (CFM)
    Darbois dit Lafleur, Jean: 1667, sergent, Compagnie de Sorel, Régiment de Carignan-Salières
    Darochenu dit Lafleur, Jean, 1754, Compagnie Dumas, Fort Beauséjour.
    De Lasse de Lafleur, Jean: 1686, compagnie Dumesnil, (CFM)
    Delgelun dit Lafleur, Dominique: 1756, compagnie de Bourget, régiment Royal Roussillon
    Deveze dit Lafleur, Dominique: 1756, compagnie Letang de Celles, régiment de La Sarre
    Dionet dit Lafleur, Jean: 1688, caporal, compagnie de Meloizes, (CFM)
    Doublaix dit Lafleur, Antoine: 1755, compagnie de Reinepont, Régiment du Languedoc
    Estu dit Lafleur, George: 1699, Compagnie de Muy, (CFM)
    Feradou dit Lafleur, Jean-Joseph: 1756, compagnie de Laferte, régiment de La Sarre
    Fleuret dit Lafleur, Jean: 1730, compagnie de Rigaud, (CFM)
    Francaus dit Lafleur, François: 1703, soldat
    Fresnau dit Lafleur, François: 1697, compagnie de Bergères, Michillimakinac
    Grand dit Lafleur, Antoine: 1756, compagnie de Duparquet, régiment de La Sarre
    Gruet dit Lafleur, Charles: 1728, soldat
    Horieux dit Lafleur, René: 1665, compagnie de Lafreydière, Régiment de Carignan Salières
    Houinche dit Lafleur, Jean-Baptiste: 1756, compagnie de Valette, régiment Royal Roussillon
    Jacome dit Lafleur, Pierre: 1755, compagnie de Matissard, Régiment du Languedoc
    Jacques dit Lafleur de Morlais, Laurent, 1699, compagnie Merville
    Jobin dit Lafleur, Guillaume: 1757, Régiment de Berry Labarthe dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Bassignoce, régiment Royal Roussillon
    Lafleur, ??, 1755, compagnie de Saint-Félix, Régiment du Berry
    Lafleur, ??, 1703: compagnie de Lagrois
    Lafleur: ??, 1755, compagnie Denoes, Régiment de la Reine
    Lafleurdemorlay, Laurent, 1699, Compagnie de Merville
    Lalumaudière dit Lafleur, François: 1713, Compagnie de Martigny, (CFM)
    Lavallée dit Lafleur,Pierre: 1755, compagnie de Foulhiac, Régiment du Berry
    Lecomte dit Lafleur, Pierre: 1708, compagnie de Montigny, (CFM)
    Meuitt dit Lafleur, Bernard: 1756, compagnie de Villar, régiment de La Sarre
    Meunier dit Lafleur, Gervais: 1700, compagnie de Meloise, (CFM)
    Montet dit Lafleur, Pierre: 1702, compagnie de Lagroix, (CFM)
    Pariot dit Lafleur, Léonard: 1722, compagnie de Gannes, (CFM)
    Pavie dit Lafleur, Charles: 1714, compagnie de Levillier, (CFM)
    Pemonte dit Lafleur, Pierre: 1705, compagnie Dumesnil, (CFM)
    Pepie dit Lafleur, Daniel: 1709, sergent, compagnie de Cabanac, (CFM)
    Perdits dit Lafleur, Guillaume: 1756, compagnie de Cormier, Régiment de Guyane
    Perrier dit Lafleur, Jean: 1669, compagnie de Brisadière, Régiment de Carignan-Salières
    Perrin dit Lafleur, Pierre: 1698, soldat
    Pinsonnault dit Lafleur, François: 1673, compagnie de Saint-Ours, Régiment de Carignan-Salières
    Pipy dit Lfleur, Guillaume, 1748, Troupes de l’Île Royale
    Piquet dit Lafleur, Joseph: 1706, compagnie de Muy, (CFM)
    Poidevin dit Lafleur, François: 1733, compagnie de Lafresnière, (CFM)
    Poirier dit Lafleur, Pierre: 1707, compagnie De Lorimier, (CFM)
    Prevost dit Lafleur, François: 1755, soldat, Régiment du Languedoc
    Puiol dit Lafleur, Joseph: 1734, compagnie de Perigny, (CFM)
    Renard dit Lafleur, Nicolas: 1756, compagnie de Rouyn, régiment Royal Roussillon
    Richard dit Lafleur, Guillaume: 1674, sergent de la garnison
    Robert dit Lafleur, Jean Antoine: 1756, compagnie de Duprat, régiment de La Sarre
    Robert dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Aureillan, régiment Royal Roussillon
    Robin dit Lafleur, Guillaume: 1757, soldat, Régiment du Berry
    Rolland dit Lafleur, François: 1706, compagnie de Manthet, (CFM)
    Roussel dit Lafleur, François: 1756, compagnie de Rouyn, régiment Royal Roussillon
    Siret dit Lafleur, René: 1670, compagnie de Montou, Régiment de Carignan-Salières
    Tessier dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Beauclair, régiment de La Sarre
    Triolet dit Larivière dit Lafleur, Jacques: 1701, Compagnie Leverrier, (CFM)
    Troge dit Lafleur, Jean: 1748, compagnie de Saint-Ours, (CFM)
    Turpin dit Lafleur, François: 1650, soldat du camp volant
    Vermis dit Lafleur, Joseph: 1756, compagnie de Estors, régiment Royal Roussillon
    Ville dit Lafleur, François: 1756, compagnie de Domir, régiment de La Sarre

    Comme vous pouvez le remarquer, il n’y a jamais deux soldats Lafleur dans la même compagnie. Sans connaître la descendance de chacun, on peux penser que la majorité des Lafleur de la province ont un ancêtre militaire.
    Conclusion…
    Cette conclusion se veut plutôt une invitation à un débat sur l’impact des surnoms militaires à la patronymie québécoise. En voici les grands points:
    Les soldats francais recoivent un surnom lors de leur entrée dans l’armée.

    Ces surnoms sont idividuels. En France, ils ne se transmettent pas de père en fils.

    Sous le régime francais, près de 30,000 soldats ont foulé le sol de la Nouvelle-France.

    Les autorités ont tout fait pour inciter ces militaires à s’intégrer dans la société.

    Nous estimons que plus de 70% de tous nos ancêtres francais étaient militaires à leur arrivée au pays.

    La Nouvelle-France constitue une société quasi militaire. Les anciens militaires, devenus miliciens, servent sous leurs anciens officiers, devenus seigneurs.

    Ces mêmes seigneurs continuent d’appeller leur censitaires par leurs noms de guerre.

    Les noms de guerre se transmettent de père en fils, les fils ne servant pas dans l’armée mais dans la milice.

    D’après nous, les noms de guerre des militaires francais venus en Nouvelle-France constituent la grande majorité de tous les sobriquets que l’on retrouve dans la province de Québec.

    NOTES
    1. René Jetté, Traité de généalogie, Presse de l’Université de Montréal, 1991. 2. Claude Perrault, Les variantes des noms propres et des prénoms et leurS surnoms, Loisirs St-Édouard, Inc, 1981-1982. 3. Marcel Trudel, Du « dit » au « de », noblesse et roture en Nouvelle-France, in Mémoires, Société généalogique canadienne-française, 4. René Jetté Dictionnaire généalogique des familes du Québec, Les Presses de l’ Université de Montréal, 1983. 5. Notaire Audouart dit Saint-Germain, 22 septembre 1651. 6. André Corvisier, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul: le soldat, Paris, 1964, 2 volumes. 7. Les combattants français de la guerre américaine, 1778-1783, Washington, Imp. Nationale, 1905, 453p. 8. André Corvisier, op.cit. 9. Notaire Antoine Adhémar, 17 juin 1688. 10. Notaire Trottain dit Saint-Seurin, 12 avril 1689. 11. Notaire M. Moreau, 7 janvier 1688 12. Notaire Antoine Adhémar, 26 janvier 1699. 13. Les héros de 1759 et 1760 inhumés au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1920-1921. 14. Notaire Chamballon, 8 avril 1699. 15. Notaire H. Bourgine, 24 janvier 1690 16. Notaire G. Roger, 25 janvier 1699. 17. Notaire Claude Maugue, 27 juillet 1689. 18. Notaire Claude Maugue, 19 septembre 1686. 19. Les héros…, op.cit. 20. Notaire J. Cusson, 20 avril 1694. 21. Notaire A. Adhémar, 1er août 1699 22. Notaire G. Rageot, 4 mars 1668. 23. Extraits les plus parlants provenant du livre de André Corvisier, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul: le soldat, Paris, 1964, pp 1049 à 1058. 24. Jack Verney, The Good regiment: the Carignan-Salières Regiment in Canada, 1665-1668, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1991. 25. Jay Casell, The Troupes de la Marine in Canada, 1683-1760: men and material, Thèse de doctorat, University of Toronto, 1988. Christopher J. Russ, Les Troupes de la Marine, 1683-1713, mémoire de maîtrise, Université McGill, 1971

    Soldat Sanspareil
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-rapatriement-des-armoiries-royales-de-france.qc
    François Mitterrand
    Un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

  2. robert gagné dit :

    Bonjour,
    Je suis de st-martin et je connais vos oncles j ai déjà lu le livre de cleophas pepin il y a bien longtemps et j aimerais m en procurer une copie est-ce possible quel etait le titre déjà
    merci et j ai bien aimé vous lire continuier votre beau travail et surtout n oublions pas le sacrifice de ses hommes et femmes témoins de l histoire et fondateur de notre liberté

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