Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagée Page 1 of 3

Présences et absences : historiciser les (dis)continuités et (in)interruptions des voix et expériences autochtones*

Jonathan Lainey, Brian Gettler, Philippe Néméh-Nombré, Adèle Clapperton-Richard et Christine Chevalier-Caron

 

Après avoir entendu cela, j’étais perplexe […] jamais je n’avais entendu mon père, ni les autres Innu, ni les vieux raconter cette histoire. […] Mon père est très âgé, il a quatre-vingt-onze ans. […] je lui ai aussitôt récité ce que j’avais entendu dire. […] mon père s’est mis à rire puis me confie : « Voyons, n’écoute pas ce mensonge. L’histoire que tu as entendue aujourd’hui, l’étranger vient de l’inventer ».

An Antane Kapesh, Je suis une maudite sauvagesse, 1976

Les enjeux autochtones actuels sont nombreux. L’héritage des pensionnats, le triste sort des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, l’appropriation culturelle, les mascottes à l’effigie autochtone, la nouvelle affirmation identitaire des « Métis de l’Est », la « carte de statut autochtone » qui donnerait droit à des avantages hautement convoités, la précarité des langues autochtones (avec l’Assemblée générale des Nations Unies qui a proclamé 2019 l’année internationale des langues autochtones), les questions territoriales toujours non-résolues, ou l’histoire et les perspectives autochtones dans les manuels scolaires du Québec et ailleurs au Canada sont autant de sujets qui soulèvent les passions et polarisent les opinions. À chaque semaine, les médias abordent de tels sujets, mais le font rarement en profondeur[1]. Ce contexte social, politique et intellectuel est grandement influencé sinon propulsé par les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) de même que par différents mouvements sociaux populaires tels Idle No More et les Water Protectors.

Pour une histoire littéraire des femmes dans la presse anarchiste française au 19e siècle

Par Marie-Pier Tardif, Université du Québec à Montréal / Université Lumière-Lyon-2

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Au dix-neuvième siècle français, nombreuses sont les femmes de lettres qui s’engagent activement dans la presse anarchiste en collaborant autant à des périodiques à vocation propagandiste, qu’à des revues d’orientation anarchiste associées à l’avant-garde littéraire. Malgré une production textuelle massive, elles n’ont encore aujourd’hui qu’une faible visibilité au sein de l’historiographie littéraire de l’anarchisme. Force est de constater que seule une approche épistémologique du genre peut permettre d’interroger la place qu’elles ont réellement occupé dans la vie culturelle de l’anarchisme en problématisant, d’un même coup, les paramètres traditionnels qui en ont jusqu’à présent structuré le récit historique. Dans un premier temps, il s’agit de dresser un état des lieux de l’historiographie littéraire de l’anarchisme afin de comprendre les modalités d’exclusion à partir desquelles les femmes ont été écartées du discours dominant. Dans un deuxième temps, il s’agit d’aborder les défis méthodologiques qu’entraîne l’adoption d’une telle perspective critique au regard de la recherche documentaire sous-jacente à l’étude de la presse anarchiste.

Mots-clés : presse anarchiste ; histoire des femmes ; approche du genre ; historiographie littéraire de l’anarchisme

Introduction

Depuis les années 1990, les études littéraires s’intéressent à l’histoire du mouvement anarchiste sous l’angle des pratiques d’écriture qui ont assuré son rayonnement dans la culture française. Généralement centrées autour de la fin du dix-neuvième siècle, période associée à un âge d’or de l’anarchisme[1] en raison de la vigueur politique et de la visibilité médiatique qu’il acquiert, ces recherches explorent le nouage inédit qui s’opère entre le fait littéraire et le mouvement anarchiste au sein de la sphère culturelle. En marge des disciplines de l’histoire et de la sociologie, le développement de cette frange de l’histoire littéraire a contribué à mettre au jour l’articulation étroite entre littérature et anarchisme en les étudiant comme des réalités socioculturelles hautement imbriquées. Décloisonnant ainsi la perception jusqu’alors entretenue vis-à-vis du mouvement anarchiste, en tant que phénomène proprement politique, celle-ci a ouvert un nouveau champ d’investigation universitaire en examinant comment leur rencontre a participé à la configuration d’un nouvel espace de signification collective, ancré dans un imaginaire politique, social et culturel commun[2]. Sans vouloir remettre en doute la pertinence des recherches qui ont été menées dans le domaine des études littéraires sur l’anarchisme, il importe toutefois de s’interroger sur le peu d’intérêt qu’elles ont jusqu’à présent accordé aux femmes, qui semblent à première vue totalement absentes de cette mouvance. Un consensus tacite laisse effectivement entendre que les femmes de lettres n’auraient contribué au développement d’une sous-culture journalistique anarchiste que de manière tout à fait anecdotique. Or leur présence organisée et collective au sein du mouvement anarchiste, qui s’exprime notamment avec force lors de la Commune de Paris en 1871[3], invite à repenser la place qu’elles ont pu réellement occuper au sein des milieux lettrés de l’anarchisme.

Douze mille lunes

Affiche par Angela Sterritt

Texte par Erica Violet Lee

Traduction par Florence Prévost-Grégoire

Quand je serai vieille, je te raconterai que je me rappelle avoir dansé. Que je me souviens des cérémonies matinales à Squamish, xʷməkʷəθkýəm, sur le bord de l’eau à Tsleil-Waututh, d’avoir occupé les centres d’achats à amiskwaciwâskahikan, d’avoir organisé des protestations nocturnes à Iqaluit, et du chef qui installait le camp à côté de cette drôle de petite flamme de béton.  

Donald Duck et le contrôle de la population, un document d’archive insoupçonné

Par Thomas Nadeau-Mercier, Université Laval

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Du Population council à Disney, un document d’archive peu exploité

Si les tensions entre les blocs de l’est et de l’ouest animées par la peur de la bombe atomique ont constitué des balises importantes dans l’historicisation de la guerre froide, une autre bombe, d’une aussi grande importance selon l’historien Matthew Connelly, structura les dynamiques internationales du conflit[1]. La « bombe démographique » souleva de grandes craintes à travers le globe, en partie grâce à la publication d’ouvrages polémiques comme celui d’Hugh Moore, « Population bomb » en 1954[2].

Quel est le problème avec un chèque? Un appel pour des réparations pour l’esclavage au Canada

Par Anthony Morgan, avocat spécialiste en droits civils[1]

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3 octobre 1782. La Gazette de Québec, p. 2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Pour la première fois depuis longtemps, le sujet des réparations pénètre le discours politique ambiant. Plusieurs candidat.e.s à la présidence américaine pour 2020—incluant Kamala Harris, Beto O’Rourke, Elizabeth Warren et Bernie Sanders—ont développé une position sur l’enjeu des réparations pour les Afro-américain-e-s. Chacun d’entre eux, sauf Warren, ont contesté le concept même de réparations, principalement à cause de l’incertitude et des suspicions entourant la mécanique derrière l’idée de fournir des réparations à des individus et des familles. Par exemple, dans une entrevue récente, alors qu’on lui demandait s’il supporte l’idée des réparations, Sanders a répondu « Yeah—but not if it means just a cash payment or a check to families. I would not support that. »

Au Canada, très peu de réflexions ont porté sur la question des réparations. En effet, le pays n’a pas encore entamé de réelle réflexion quant à sa participation dans l’esclavage pernicieux des peuples africains à l’intérieur de ses frontières contestées. Il est donc temps que nous adressions la question de l’implantation d’un plan de réparations pour les Afro-canadien.ne.s descendant.e.s d’esclaves.

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